Les animaux, selon Nabe…

Aller respirer l’odeur animale est toujours bienvenu dans ma nature. Je ne perds pas une occasion de visiter un zoo. Ce n’est pas très moral mais j’adore trop les vraies bêtes sauvages pour me passer de la présence de ces « Otages de la beauté vaincue » (dixit Bloy)… En effet, j’ai besoin de les savoir là, sur terre, puants, tristes, détachés, méprisants, cruels, rassurants…

Les animaux sont des forces paternelles pour moi. Si j’écris un roman un jour, les bêtes auront un rôle essentiel dans la psychologie du héros… Leur enseignement est infini. Pour moi la noblesse, la vraie noblesse, c’est une girafe et puis c’est tout. Errer dans un zoo, puisqu’il n’y a que là hélas qu’on peut les voir en chair et en os, c’est comme visiter les coulisses d’une société et mieux qu’une secte philosophique. On se trouve soudain, complètement fragiles, dans un monde d’allégories. C’est une planète qu’un artiste a besoin d’explorer, avant tous les autres encore. Les animaux sont ce qu’il y a de plus mystique sur terre parce que, à l’image des secrets inexplicables engloutis dans la nuit des temps, ils gardent leur mystère. Ils appartiennent à l’invisible, à ce qu’on ne peut pas décoder : ils signifient quelque chose – et chacun d’eux avec une précision telle – qu’on ne peut pas percer. Plus que des symboles, les animaux sont des miracles.

Marc-Edouard NABE – Journal intime – 5 mai 1984

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