Paul Klee à La Villette

Robert Delaunay : La fenêtre

Dans le quartier de La Villette, j’ai vu la fenêtre sur la ville de Robert Delaunay. Pas bien compris cet enchevêtrement de formes géométriques colorées… Jusqu’à ce que, passé à la suite de la visite, je ne jette un dernier coup d’oeil, de loin. Et là, tout s’illumine : la fenêtre apparait clairement, la Tour Eiffel également, au milieu d’un foisonnement d’éclats de la palette des couleurs, de réfections de la lumière solaire dans les carreaux. Parfois, ça vaut le coup, un peu de détachement, le «regard de la dernière chance».

Delaunay, décidément très en formes, a également le bon goût de nous faire profiter, la semaine de l’anniversaire d’Arthur Rimbaud, de ses «Délires alchimie du verbe» inspirés par l’oeuvre du poète maudit. Joli clin d’oeil calligraphique improvisé de la coïncidence fortuite.

Le fantôme de Kandinsky, outre une Double sonorité pleine de sérénité, passait au travers de deux compositions scéniques aux couleurs vibrantes et éclatantes. Vassily, tu aurais du faire du théâtre, le cinéma ne se serait jamais développé.

Franz Marc : Genese II

Franz Marc lui répondait d’abord timidement par une Petite composition, avant de me tournebouler les sens dans une gravure sur bois, illustration de la genèse biblique. Retenues par les contours des surfaces blanches, des formes noires, vertes et jaunes faisaient naître dans un fracas big-banguesque les silhouettes d’animaux sauvages : figures de la nature envahissant un monde vierge et déjà en mouvement ! Gravure sur bois aux surfaces et aux contrastes si nets que même le meilleur des Roy Lichtenstein n’égala jamais un Franz Marc du début du XXème siècle. Le «POP!» est allemand, il est né il y a 100 ans.

Mais c’en est assez de se laisser distraire par les oeuvres de tous ces artistes, je passe au coeur du sujet, à la vedette du jour, le suisse-allemand Paul Klee (prononcez «Klè» !).

Paul Klee : le port d'Hammamet

Sa révolution, Klee l’a commencé en Tunisie : encore une coïncidence, les élections post-révolutions arabes s’y déroule ce même week-end. Klee ressent là-bas les bases de sa peinture pour le restant de ses jours : les formes et les couleurs sont plus importantes que la représentation du sujet. Sous une ligne d’horizon bleue violacée qui dompte la mer Méditerranée qui la pousse pour s’échapper et rejoindre le ciel tout là-haut, le port d’Hammamet se dégrade sous des aquarelles de palmiers, de cubes architecturaux multicolores et de timides silhouettes de bateaux.

Dernier souvenir d’Afrique du Nord, Klee expérimente le pouvoir des formes géométriques et des dégradés de couleurs en s’imposant de restituer, de mémoire et exclusivement en noir et blanc, un bazar tunisien. Les polygones soudés les uns aux autres ne laissent pas échapper leur secret facilement : combien de personnes ai-je vu passer à côté de ce tableau rapidement, repartant sans la sensation que je garderai à jamais ? Miracle de l’oeil observateur, de l’oeil émotif, celui-ci s’accroche soudain à un fil conducteur et tout apparait subitement, les contrastes de noir et blanc, bien épaulés par les dégradés de gris révèlent le bazar multidimensionnel (putain, Klee a démodé la 3D depuis un siècle les enfants !). Je dirais même mieux : multi-émotionnel. J’en ai des frissons, les poils de mon corps s’en hérissent.

Plus loin, Klee fait vibrer les formes. Le guide pour enfants nous dit que Klee a créé ces images de céramiques pour reproduire la vibration de la musique à l’image. Oui, d’accord, c’est normal, il vend sa camelote, nous sommes à la cité de la musique après tout… Moi je vois bien que Klee a fait bien plus fort… Un regard placé à ras du tableau, le corps positionné côté gauche : les formes avancent sur la droite et s’élèvent en même temps, quel coup de maître !

Paul Klee : Architecture

Non loin d’un jardin extraordinaire, Klee enchaine les oeuvres qui s’imprègnent dans la rétine, de ses architectures de formes et de couleurs à ses harmonies de formes et de couleurs (je me répète, c’est fait exprès), chaque tableau dispute à l’autre la plus belle partition. Au coin d’un mur, une chorale s’invite dans un paysage, à moins que ce ne soit le contraire. Plurisensationnel.

Le dimanche 23 octobre 2011, j’étais à l’exposition Paul Klee à la cité de la musique de La Villette et c’était bon !

 

Olivier BEUGIN

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