Gueule de bois de Noël

La petite déballe ses cadeaux… Elle ne fait que les déballer, machinalement… Pas d’extase, pas de surprise… Seulement quelques commentaires sortent de son visage renfrogné, tout aussi mécaniquement dirait-on : «y a encore combien de couche de papier comme ça ?» ; «oui bah j’avais deviné que c’était ça»…

Pour L. , le Père Noël est mort depuis six mois déjà… RIP les rêves et la féerie… On les réserve «pour une autre fois».

Peut-être pour ça que je ne me suis presque pas impliqué dans la «fête» cette année…  Je ne suis pas allé faire le repérage des cadeaux avec elle, j’ai seulement entendu parler de la fameuse «liste», et c’est sa mère qui est allée faire les courses… J’ai laissé faire la force des choses, le manque de volonté.

Ah si, je me suis occupé de la logistique, le truc qui peu se faire avec l’esprit errant : amener les paquets et son beau vélo «de grande» chez mes grand-parents, quelques heures avant le repas de réveillon organisé chez eux. J’avais laissé la consigne : mettre tous les cadeaux devant le sapin, qu’elle les voit dès qu’elle arrive, sans cérémonie. Je n’avais pas anticipé qu’elle allait tout de suite les ouvrir, sans même attendre que tout le monde soit arrivé !

Maintenant à table, on parle on rigole gentiment. Ca se passe bien, c’est bon, mais je ne sais pas… J’ai l’impression que l’Amour est ailleurs… Loin… Bien planqué… Intouchable.

Le lendemain, 25 décembre, c’est de nouveau la corvée de vélo que nous n’avons pas pu ramener le soir. Je prends la voiture en milieu de matinée, l’aller-retour me donne l’occasion d’observer le paysage. Il fait beau, la première fois depuis longtemps que le soleil se montre généreusement. Pourtant j’ai l’impression que tout est gris dehors : mes pensées déteignent. Ce n’est pas la tronche que tirent les occupants de cette berline qui va m’en faire changer : sans aucun doute la perspective d’une quelconque obligation familiale du déjeuner de Noël réuni les parents et les trois enfants dans le même cortège de morosité… Un peu plus loin, c’est le fils quinquagénaire qui dépose «Mamie» à la maison de retraite… On l’a sortie pour la fête c’est déjà pas si mal, il paraît qu’il y a menu spécial à la cantine ce midi. A la radio, au détour de quelques reportages niais de circonstance, j’entends des volontaires servant un repas de Noël aux sans-abris… Une idée pour passer une soirée vraiment utile l’année prochaine.

De retour à l’appartement avec ma tête dans le sac et ce vélo qu’on ne pourra pas essayer car il y a trop de neige dehors, je retrouve le climat empreint d’une certaine tension : L. est tellement blasée par ses cadeaux, lassée d’avance, qu’elle n’a rien trouvé de mieux que de harceler sa mère… Me voyant, cible à nouveau disponible, elle vient en traînant des pieds me dire : «je ne sais pas quoi faire»… Je ne trouve que cette réplique : «je ne sais pas quoi te dire».

Un passage à la boîte aux lettres et je ramasse un papier dont la lecture me stupéfie (enfin une émotion !) : «Votre livreur vous souhaite un joyeux Noël et un bon réveillon» signé : Edouard. Il est pas gonflé cet opportuniste ! Toute l’année, il ne prend pas la peine de monter les colis, ne laisse pas les avis de passage dans les boites aux lettres, et là il se donne un mal de chien à imprimer en couleurs, avec des images traditionnelles et son adresse personnelle, un tract qu’il a distribué dans plusieurs centaines de boites aux lettres ! Il pense quoi ? Qu’on va lui envoyer nos dons en signe de reconnaissance éternelle ? Encore un cynique qui croit au Père-Noël.

Sur mon MAC, j’ouvre ma page LE FIGARO.FR pour y lire le FLASH ACTU : Collision/TGV : un automobiliste tué ; Yémen : un soldat tué par Al-Quaida ; Pakistan : un attentat fait 41 morts ; Nigeria : attaque contre une messe ; Philippines : six blessés lors d’une messe ; Otages d’Aqmi : les familles inquiètes ; Un ancien journaliste du Parisien tué ; Il pend sa fille qui avait rejoint Al-Qaida… Ah quand même, la seule nouvelle importante car surlignée en rouge : Retour à la normale à Roissy… Ouf, j’ai craint pendant un moment que la terre s’était arrêtée de tourner.

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