Ma critique de « L’effet Larsen » de Delphine Bertholon (Lattès)

L'effet LarsenD’abord, il y a cette trame de fond : été 1998, la France vient d’être couronnée championne du monde de football et c’est la canicule. Nola, 18 ans, habite avec sa mère, Mira. Quelques mois plus tôt leur vie a basculé quand leur père et mari s’est fait abattre, avec d’autres, par un fou furieux qui a ensuite retourné l’arme contre lui. Après avoir quitté le pavillon familial avec jardin pour un immeuble sordide de la banlieue parisienne, c’est un autre dépaysement que va connaître Nola : en plein deuil, sa mère sombre dans la dépression et développe acouphènes et hyperacousie*. C’est l’élément central du roman.

Face à ces symptômes qu’elle a du mal à appréhender, Nola est désarçonnée. Elle débute alors une quête pour comprendre et aider sa mère, mais aussi pour soulager sa propre souffrance. Sa soudaine obsession pour les oreilles qui l’entourent en est le point de départ : un tableau en naîtra, sur une simple intuition, illustration brillante des effets salvateurs de l’art dans la démarche thérapeutique.

Le contexte est sombre, Delphine Bertholon va tirer peu à peu les fils des intrigues intimes qui perturbent Nola et sa mère, par le moyen de plusieurs aller-retours entre le présent et le passé, et aboutir à un saisissant dénouement.

Mais bien au-delà de l’histoire personnelle, elle illustre, grâce à un jeu de perspectives intelligent, le besoin essentiel de communion des coeurs et des esprits.

Communion dans le bonheur partagé (la victoire en coupe du monde 98 toujours rappelée par petites touches), mais aussi dans la souffrance. Car si un drame a touché Nola, si elle se sent seule et isolée dans cette ambiance de joie populaire, elle va peu à peu découvrir que «derrière chaque porte du monde se joue une tragédie». Au gré des rencontres fortuites ou non, les cœurs s’ouvrent. Ici comme dans la vie, l’épreuve développe une sensibilité commune qui permet l’expression, le partage, premiers pas pour sortir du tunnel.

Le style est fluide, incroyablement léger pour aborder des sujets pourtant difficiles : on se prend souvent à rire ou sourire avec la narratrice. On évite avec bonheur la pleurnicherie, le cercle vicieux du malheur ne vient pas noircir et alourdir notre lecture. Les 363 pages se lisent avec un vrai plaisir et la soif de découvrir la suite.

Reste une question : s’agit-il d’une autobiographie ? Je ne sais pas, mais je suis néanmoins persuadé que Delphine Bertholon s’est au moins basée sur des récits réels tant le choix des mots exprimant les sentiments et illustrant notamment la souffrance de l’hyperacousie, frappent par leur justesse.  Ca sent le vécu…

C’est donc une réussite et une belle découverte. Si un livre «mûrit» en vous plusieurs jours après sa lecture, c’est qu’il était bon : ce fut le cas pour moi.

* Si peu de gens ignorent ce que sont les acouphènes, ces bruits qui hantent et obsèdent celui qui en souffre (sifflements, bourdonnements…), l’hyperacousie reste encore assez méconnue. Il s’agit d’une hypersensibilité aux bruits et en particulier à ceux qui ne dérangent habituellement pas, comme une feuille de papier que l’on froisse, une clé que l’on tourne dans une serrure… Chacun de ces bruits quotidiens est alors ressenti comme une agression physique dont la douleur s’étalonne de la sensation d’un coup de soleil touché à celle d’un coup de couteau reçu. La vie devient vite impossible…

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