Gabriel Garcia Marquez – « Cent ans de solitude »

Se remémorant tout cela tandis qu’on préparait la malle de José Arcadio, Ursula se demandait s’il n’était pas préférable qu’elle se couchât une fois pour toutes au fond de sa sépulture et qu’on jetât de la terre sur elle, et, sans peur, elle demandait à Dieu s’il croyait en vérité que les gens étaient en fer pour supporter tant de peines et de mortifications; et, de demande en demande, elle ne faisait qu’accroître son propre scandale, et se sentait l’irrépressible envie de se laisser aller à dégoiser comme un amerlok, de se permettre enfin un instant de rébellion, l’instant si souvent désiré et tant de fois différé de se mettre la résignation quelque part et de se ficher de tout une bonne fois, et de se soulager le cœur des tonnes et des tonnes de gros mots qu’elle avait dû ravaler durant tout un siècle de longue patience.

– Carajo ! s’écria-t-elle.

Amaranta, qui commençait à disposer les vêtements dans la malle, crut qu’un scorpion l’avait piquée.
– Où est-il ? demanda-t-elle, alarmée.
– Quoi ?
– La bestiole ! expliqua Amaranta.

Ursula se posa un doigt à l’endroit du cœur.
– Ici, répondit-elle.

(lecture de mai 2010)

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