Cholem Aleichem – « Tèvié le laitier »

Et j’aurais pu jurer que mon petit cheval, nèbisch, comprenait tout, comme c’est écrit chez nous dans le possuq : «le cheval sait quand on le vend !…» Et un signe que c’est vrai, c’est qu’après, quand je l’ai vendu à un conducteur d’eau et que j’ai dit au conducteur : «Qu’il te porte chance et bénédiction !» il s’est tourné vers moi, mon petit cheval, avec son joli vieux museau, nèbisch, et il a regardé sur moi, avec ses yeux muets, comme pour dire : «Zé’ helki mikol amoli ?» Est ce que c’est ça mon lot pour toute ma peine ? Est-ce que c’est ça ton merci, pour tout mon service ?…»

Et je suis resté seul, et je me suis pensé : «Seigneur, Maître du monde, comme tu conduis le monde avec intelligence ! Voilà que tu as créé un Tèvié, et voilà que tu as créé un cheval : et ils ont, les deux, un même sort sur le monde. La seule différence, c’est que l’homme a une bouche pour dire sa misère, et que le cheval, sa langue est muette; comme c’est écrit chez nous dans le possuq : «Oumôssar hoodom min habeheime ?» ; l’homme, qu’est-ce qu’il a de plus que la bête ? Rien, car tout est vanité !

(lecture de mars 2010)

* le possuq : verset
* nèbisch : interjection employée contamment pour exprimer la pitié

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