Nikolaï Gogol – « Rome »

Car l’art élève l’homme d’une façon sublime, en donnant une noblesse et une beauté merveilleuse aux mouvements de son âme. Comme lui paraissaient vils à présent, devant cette inébranlable fertilité du faste qui entourait l’homme d’objets qui remuaient et éduquaient son âme, les mesquines compositions de notre époque, que casse et jette d’année en année une mode toujours inquiète, enfant étrange et incompréhensible de ce XIXème siècle devant lequel s’inclinent en silence les sages, et qui détruit et pervertit tout ce qui est colossal, grandiose et sacré.

Pris dans de semblables réflexions, une pensée lui venait malgré lui : n’est ce pas là l’origine de cette froideur indifférente qui étreint le siècle présent, le calcul vil et marchand, n’est ce pas ce qui explique que des sentiments qui n’ont pas encore eu le temps de naître et de se développer soient déjà émoussés ? On a sorti les icônes du temple – et le temple n’est plus un temple ; des chauves-souris et des esprits mauvais y ont fait leur séjour.

Plus il plongeait ses yeux, plus il était frappé par cette fertilité extraordinaire du siècle, et il s’exclamait malgré lui : « Mais quand donc ont-ils eu le temps de faire tout cela ! » Cette splendeur de Rome semblait grandir devant lui de jour en jour.

(lecture de février 2010)

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